Un collier tressé en paille

PhotoManager-1.jpgCe collier de paille que vous pouvez observer dans l’exposition Des chevaux et des hommes, porte le nom de paronne en normand. Ce collier peut être tissé dans une grande variété de végétaux qui auront les mêmes qualités, comme le souchet ou le chanvre. Mais le végétal le plus courant et la laîque en normand ou laîche en français (sorte de papyrus commun dans nos marais), on peut ainsi désigner la paronne en disant collier de laîque.

La paille est d’abord tressée en un long boudin qui est ensuite enroulé puis cousu de corde pour prendre la forme du collier. Comme support à la tresse, on utilise du glui (type de grosse paille) qui sert aussi pour la fabrication des corps de colliers en cuir. Les brins de paille qui dépassent sont coupés puis peignés. Des attelles (parties plates en bois sur l’avant du collier) sont ensuite fixées pour recevoir les anneaux pour les guides et les traits.

Un vrai collier de traction

Ce collier a bien été utilisé pour faire tirer des outils à des chevaux. Très légers, ils permettent un travail indolore pour l’animal. Toutefois, ce matériel ne passe pas l’année, contrairement à un collier en cuir qui dure la vie d’un cheval.

Dans le sud Manche, le Val de Saire, le Plain mais aussi très probablement sur toutes les côtes de la Manche et en Bretagne, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la paronne est utilisée en bord de mer pour aller récolter le varech ou chercher des filets de pêche. La paille est plus économique car elle craint moins l’eau et le sel de mer que le coûteux collier en cuir.

GR-93-175_de_toure_.jpgCe tableau d'Edmond Debon, Récolte du varech à Carolles, montre l'utilisation du collier de paille en bord de mer. © Musée Baron Martin – Gray / cliché Bernardot

La paronne était aussi très couramment utilisée pour écraser les pommes sous les meules du tou de carré (« tour » en granit) lors de la fabrication du cidre. C'était un travail long qui pouvait durer de longues journées successives. Le cheval grâce à la légèreté du collier de laîque ne souffrait pas.

Le collier de paille, qui existe en plusieurs tailles, peut également être utilisé pour débourrer les jeunes chevaux d’un an et les préparer à la traction. Le dresseur présente la paronne à l'auntenais (terme normand qui désigne un poulain de plus d'un an, antenais en français). Progressivement, le collier sera laissé plus longtemps et attaché à des objets pour faire expérimenter la traction à l’animal.

Aujourd’hui, on ne sait pas s’il subsiste des gens possédant le savoir-faire nécessaire à la réalisation de ces colliers. La récolte du varech à cheval ayant disparu, l’usage de la traction au collier de paille semble ne plus avoir lieu en Basse-Normandie.

Un objet fragile et difficile à conserver

Parone_boisjugan.jpgCensée ne pas durer plus d’un an, la paronne est un objet fragile et peu entretenu car facilement remplaçable à l’époque.

La paille est un matériau fragile, dont les insectes sont friands. Ainsi, certaines paronnes sont dans des états précaires et se délitent progressivement. À ce jour, aucun moyen de restaurer, de stabiliser ou de retresser une paronne en train de se défaire n’est connu.

Les paronnes dans les collections des musées bas-normands :

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